L'Espagne veut protéger ses 10 000 km de côtes
Le gouvernement ressort une loi de protection du littoral de 1988 qui provoque l'ire des propriétaires
La plage du Saler, à une dizaine de kilomètres au sud de Valence, est quasiment vierge. Déclarée parc naturel en 1980, cette zone de l'Albufera est l'un des rares tronçons de la côte espagnole à avoir échappé à l'urbanisation sauvage. Et pourtant, entre les dunes et les marais salants, quatre tours d'immeuble, une résidence avec des villas et un hôtel cinq étoiles s'imposent dans le paysage. Ces édifices, construits dans le pur style architectural des années 1970, ont été érigés avec la bénédiction de la mairie de Valence, qui voulait faire de cette côte une station balnéaire du tourisme de masse.
Mais, près de trois décennies plus tard, ces édifices aux couleurs pastel dérangent le coup l'œil. Ils font tache avec le projet de récupération du littoral lancé par le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, lequel veut procéder à un grand nettoyage de ses côtes abîmées par le béton. Construits et achetés légalement par de nombreux étrangers désirant se faire une place au doux soleil ibérique, ces logements ont aujourd'hui leurs jours comptés.
En vertu d'une loi du littoral datant de 1988 et jusqu'alors oubliée dans les cartons du ministère de l'Environnement, l'exécutif socialiste veut redéfinir l'ensemble des zones côtières appartenant au domaine public.
Si le gouvernement souhaite éviter de nouveaux massacres à la bétonneuse le long de ses dix mille kilomètres de côtes, il veut aussi faire le ménage avec les constructions anarchiques déjà existantes. Pour y parvenir, l'État entend récupérer tous les terrains urbanisés de la zone protégée. À savoir : tous les édifices construits à moins de 100 mètres de la zone sableuse (dune) ou rocheuse (falaise).
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http://www.lefigaro.fr/international/2008/05/08/01003-20080508ARTFIG00530-l-espagne-veut-proteger-ses-km-de-cotes-.php
Il y a quelques années, le journal l'Economiste titrait un article comme suit : "Tanger - Immobilier: Les Espagnols affûtent leurs armes". L'expression guerrière est peut-être plus appropriée qu'il n'y paraît à première vue. Les espagnols sont dénoncés par le parlement européen pour le bétonnage massif de leur littoral : "projets d'urbanisation massive (...) sans rapport avec les véritables besoins des villes et villages concernés", contraires "à la durabilité environnementale" et qui ont des effets "désastreux sur l'identité historique et culturelle" des sites.
L'organisation écologiste Greenpeace relève que les permis de construction continuent à être délivrés y compris pour des golfs malgré leurs énormes besoins en eaux, dans des régions souvent très sèches ! L'ONG rappelle aussi que les scandales de corruption immobilière se sont multipliés ces derniers mois en Espagne. Des années de boom immobilier ont fait la fortune aussi rapide que douteuse d'élus municipaux ou régionaux ayant la haute main sur les plans d'urbanisme de ce pays.
La renaissance de Tanger est un fait heureux et la construction d'infrastructures est bien évidemment nécessaire. Seulement, il serait extrêmement souhaitable, que Tanger ne commette pas les même erreurs qu'ailleurs et qu'elle préserve ainsi son avenir économique et touristique. A quoi servirait en effet de disposer d'une grande infrastructure hotellière si celle-ci bouche les paysages, génère une pollution incontrôlée et corrompt les circuits de décision locaux ? En fin de compte, les touristes escomptés ne viendront plus et l'argent aura été dépensé en vain. Avis aux investisseurs ...
Aujroud'hui, il faut penser à la viabilité des projets économiques en y intégrant la composante écologique car d'elle dépendra leurs réussites futures. Préservons nos côtes, nos arbres et nos cours d'eau. Une construction ratée peut toujours être rasée et reconstruite. Une ressource naturelle détruite l'est à jamais !
Déterminé à en finir avec les constructions anarchiques et les abus de l'immobilier le long de ses 10.000km de côtes, le gouvernement espagnol a décidé d'y faire le ménage et de se réapproprier une partie des terrains très prisés du littoral
Au détriment des propriétaires, étrangers et espagnols, qui y ont investi depuis trente ans pour se faire une place au soleil.
«Tout à coup, on nous a dit que la maison qu'on possède depuis plus de trente n'est plus la nôtre», explique Clifford Carter, retraité britannique de 59 ans qui vit avec sa femme à La Casbah, un complexe de bord de mer sur la côte est espagnole. «La maison a été construite légalement, mais aujourd'hui on nous dit qu'on ne peut y vivre que jusqu'à notre mort, et qu'on ne peut pas la vendre ou la laisser à nos enfants».
Dans les faits, le gouvernement socialiste espagnol a décidé d'appliquer à la lettre une loi de 1998 restée jusqu'ici dans les cartons. Objectif: redéfinir avec précision ce qui appartient à l'Etat sur le littoral et les terrains ouverts aux constructions privées. Une fois le travail achevé, le gouvernement compte dépenser cinq milliards d'euros pour nettoyer quelque 220 millions de mètres carrés de côtes. Une partie de l'argent ira aux propriétaires qui, en vertu de la loi de 1998, ne peuvent vendre leur bien qu'à l'Etat.
«Nous prenons cette loi au sérieux», souligne Jose Fernandez, directeur de département littoral au ministère de l'Environnement. «Les gouvernements précédents ne jugeaient pas le problème important, mais nous en faisons une priorité».
Car beaucoup de propriétaires s'aperçoivent qu'ils sont du mauvais côté de la ligne et qu'ils ne pourront pas conserver, à terme, leurs biens dans un marché de l'immobilier espagnol longtemps florissant, mais qui subit les effets de la crise financière liée à celle des prêts hypothécaires à risque (subprime).
Face à cette situation, un groupe de défense des propriétaires de la Costa del Sol s'est constitué en janvier. Jose Ortega, avocat et porte-parole du groupe, affirme que celui-ci compte déjà 20.000 personnes et qu'au total, un demi-million de propriétaires (villas, résidences, hôtels et restaurants) espagnols et étrangers pourraient être affectés.
«Il s'agit de la plus importante offensive contre la propriété privée de l'histoire récente de l'Espagne», affirme-t-il. Selon lui, le gouvernement donne aux propriétaires au mieux une concession de 60 ans pour vivre sur leurs terrains ou en poursuivre l'exploitation. Au pire, certaines constructions sont purement menacées de démolition.
Jose Ortega précise toutefois que le gouvernement privilégie les propriétaires individuels plutôt que les complexes touristiques. Mais certains établissements semblent quand même visés, comme l'hôtel cinq étoiles Sidi, situé lui-aussi à La Casbah. En décembre, ses propriétaires ont été informés qu'il avait été construit sur une dune protégée par la loi de 1998. Les pouvoirs publics leur ont offert une concession de soixante ans, au terme de laquelle l'hôtel reviendra à l'Etat.
Jose Fernandez admet que 1.300 structures ont été démolies depuis l'arrivée au pouvoir des socialistes de Jose Luis Rodriguez Zapatero en 2004, tout en soulignant que la plupart de ces bâtiments avaient été construits sans permis.
Car l'action du gouvernement pourrait également mettre au jour les pratiques douteuses qui ont accompagné la vente et la construction de terrains sur les côtes depuis une trentaine d'années. Pour beaucoup d'observateurs, «l'opération littoral» découle en effet du scandale de l'immobilier, estimé à 2,4 milliards de dollars, qui a secoué la Costa del Sol en 2006, et dans lequel 80 personnes sont impliquées.
Le gouvernement cherche toutefois à rassurer les propriétaires et assure qu'il ne prévoit pas de démolitions massives, ni d'expropriations immédiates. Pas de quoi réconforter Jose Ortega pour autant. «Aujourd'hui, quiconque possède ou veut posséder une maison ou une propriété sur la côte ne peut être rassuré, car à tout moment le gouvernement peut la lui retirer sans compensation», affirme-t-il.
Source: AP