Les inquiétudes sur la sécurité alimentaire de la planète sont montées d'un cran jeudi alors que les prix du riz atteignaient des niveaux record en Asie.
Aux Etats-Unis, où l'on signale des achats massifs de précaution dans les grandes surfaces, des responsables de l'administration Bush ont minimisé les risques de ruptures d'approvisionnement.
"Je n'envisage pas de pénuries alimentaires aux Etats-Unis", a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, lors d'une interview accordée à Reuters. "Nous avons beaucoup de stocks de nourriture aux Etats-Unis. Le prix des aliments a progressé, mais l'impact pour l'Américain moyen ne sera pas aussi significatif qu'en ce qui concerne les carburants."
Les cours mondiaux du riz ont atteint des niveaux sans précédent en Thaïlande et dans les échanges électroniques au Chicago Board of Trade (CBOT), la première Bourse de commerce des matières premières au monde.
Le cours du riz a augmenté cette semaine de 5% pour franchir la barre des 1.000 dollars la tonne en Thaïlande, près de trois fois plus qu'au début de l'année. Cette flambée alimente les craintes de nouvelles émeutes de la faim en Asie.
Au CBOT, la progression depuis le 1er janvier atteint 80%.
La hausse des prix des denrées alimentaires, s'ajoutant à celle des carburants, a provoqué des émeutes dans de nombreux pays en développement, notamment en Afrique et en Haïti, où elles ont entraîné la chute du Premier ministre.
LE FMI EN CONSULTATIONS
Le Fonds monétaire international (FMI) est en discussion avec les gouvernements de dix pays, essentiellement africains, afin d'accroître l'aide et financer cette hausse.
"Cela devra naturellement être déterminé pays par pays, mais en règle générale, nous croyons que la meilleure politique porterait sur une assistance sociale ciblée mais que d'autres mesures temporaires sont nécessaires et pourraient être utilisées, comme la fiscalité sur l'alimentation", a précisé un porte-parole de l'institution internationale.
"Nous avons aussi encouragé ceux parmi nos membres qui sont des exportateurs de nourriture d'éviter les ruptures sur les marchés mondiaux, par le fait par exemple de restrictions à l'exportation, et de préserver les aides à la production domestique", a poursuivi Masood Ahmed said.
Aux Nations unies, le Programme alimentaire mondial a chiffré à près de 40% le surcoût de ses programmes à destination des populations souffrant de malnutrition dû à la flambée des cours.
Si les pays donateurs ne comblent pas cet accord, l'agence d'aide alimentaire de l'Onu devra réduire ses programmes, a prévenu la directrice du PAM, Josette Sheeran.
ACHATS PLAFONNÉS AUX ETATS-UNIS
La crise alimentaire a débuté l'an passé lorsque l'Inde, deuxième exportateur mondial de riz, a introduit un plafonnement de ses exportations pour protéger les circuits d'approvisionnement intérieurs. Les conséquences ont atteint jusqu'aux Etats-Unis, où la grande distribution signale les premiers achats-panique de consommateurs qui constituent des stocks par peur de pénuries.
La chaîne Sam's Club, filiale du géant Wal-Mart, a dû limiter mercredi à quatre par jour le nombre de sachets de riz qu'un consommateur peut acheter. La veille, son concurrent Costco Wholesale Corp avait fait état d'une nette augmentation des achats de riz et de farine.
Mercredi, le Brésil a annoncé à son tour la suspension de ses exportations de riz. L'impact ne devrait pas être très fort, vu les faibles quantités de riz brésilien vendues sur les marchés extérieurs, mais la décision s'inscrit dans la foulée de décisions similaires prises par l'Inde et le Viêtnam, troisième exportateur mondial.
La Thaïlande, qui représente environ le tiers de la totalité du riz échangé dans le monde, a réaffirmé pour sa part qu'elle n'envisageait aucun plafonnement de ses exportations.
Autres nouvelles positives, les semailles ont bien commencé dans l'Ouest australien, où il a plu, tandis que l'Inde a annoncé que sa production devrait lui permettre d'être autosuffisante cette année et de ne pas faire appel à l'importation.
WASHINGTON Reuters - avec Apornrath Phoonphongphiphat à Bangkok
Version française Henri-Pierre André
Plan de soutien de 17 millions d'euros pour la filière ovine
France-Pour faire face à la forte hausse des coûts des matières premières et à l'augmentation des coûts de production, le ministre de l'Agriculture Michel Barnier a annoncé vendredi "la reconduction de mesures d'urgence" au profit de la filière ovine, avec un plan de soutien de 17 millions d'euros.
Dans un communiqué, son ministère précise que ces aides se répartissent en trois millions d'euros pour le "fond d'allégement des charges" et 14 millions qui "permettront de reconduire l'aide des minimis relatives à l'indemnisation de la perte de marge brute", soit une compensation pour la perte des bénéfices. Les critères d'éligibilité de cette dernière aide ont été révisés et permettront à un plus grand nombre d'éleveurs de bénéficier de ce soutien, précise le ministère. AP
L'inflation et la crise des agriculteurs en Argentine ont coûté sa place au ministre de l'Economie Martin Lousteau, remplacé vendredi par un proche de la présidente Cristina Kirchner.
"La présidente argentine a réclamé la démission de M. Lousteau au nom de différends sur la mise en oeuvre de la politique économique", a déclaré vendredi à l'AFP une source du gouvernement.
Martin Lousteau, 36 ans, avait été nommé à ce poste à la suite de l'élection de Mme Kirchner à la présidence, le 10 décembre dernier, où elle a succédé à son mari Nestor, président depuis 2003.
Le patron de la direction des impôts Carlos Fernandez a été désigné pour le remplacer et prendra ses fonctions dès vendredi, a annoncé l'agence de presse officielle argentine Telam.
Secrétaire de l'Administration fédérale des revenus publics (AFIP), M. Fernandez, présenté comme un expert en finances publiques, fut l'un des proches conseillers de M. Kirchner durant son mandat.
"C'est la personne qui garantira le cap", a déclaré le chef du cabinet présidentiel Alberto Fernandez à la radio América, soulignant que le gouvernement ne partageait pas l'"analyse sur l'économie" du ministre sortant qui prônait un plan antiinflationniste de réduction des dépenses.
Le futur ministre a lui même admis que sa "nomination de devrait rien changer" en matière économique, lors d'un point presse improvisé devant la porte de son domicile.
Ce remaniement apparaît comme une nouvelle reprise en main des rênes par le couple présidentiel, issu du mouvement péroniste, qui aura épuisé au total quatre ministres de l'Economie depuis son accession aux affaires.
Vendredi, les grands quotidiens argentins soulignaient que le dossier de l'inflation avait causé la perte de M. Lousteau.
"La démission a eu lieu après la présentation d'un plan antiinflationniste rejeté par la présidente", affirme La Nacion, tandis que Clarin attribue son renvoi aux "divergences sur la façon de lutter contre l'inflation".
Le départ du ministre intervient alors qu'un violent conflit a opposé le gouvernement à des milliers d'agriculteurs qui protestent contre une hausse d'impôts sur les exportations et une inflation croissante.
Suspendu au début du mois après 21 jours de grève, ce mouvement de colère, l'un des plus durs dans l'histoire de l'Argentine, avait entamé la crédibilité du gouvernement.
Malgré les blocages routiers, qui avaient provoqué des difficultés de ravitaillement entaînant pénuries et hausses des prix, ce conflit avait reçu un soutien populaire non négligeable, à l'image des manifestations dans plusieurs villes du pays.
Mais la démission du ministre, tenu éloigné des négociations avec les agriculteurs, sonne surtout comme un désaveu face à ses craintes d'une surchauffe de l'économie, la présidente argentine refusant de prendre le risque d'interrompre une croissance cumulée de 45% en cinq ans.
M. Lousteau avait notamment proposé une augmentation des prix du gaz et de l'électricité sauf pour les secteurs populaires, ainsi qu'un plan de réduction des dépenses, dont le gouvernement de centre-gauche ne voulait pas entendre parler.
Nestor Kirchner avait implicitement critiqué l'action du ministre cette semaine, en fustigeant les partisans d'un "refroidissement de l'économie". "S'ils refroidissent l'économie, les Argentins ne consomment pas", avait lancé l'ancien président, considéré comme le véritable inspirateur du gouvernement.
Selon les experts, l'inflation a atteint 25% en un an en Argentine. Un chiffre nié par le gouvernement qui estime que cette inflation ne dépasse pas les 10%.
Ces chiffres officiels, récemment publiés par l'Institut national des statistiques (INDEC), avaient soulevé la polémique auprès des associations de consommateurs, inquiets de la perte de leur pouvoir d'achat.AFP