...des vérités qui dérangent ?
Christophe Girard, adjoint (PS) à la Culture du maire de Paris, demande l'arrêt de l'exposition "Les Parisiens sous l'occupation", prévue jusqu'au 1er juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), dans une interview au Journal du Dimanche.
L'exposition, ouverte le 20 mars, met en scène 250 photographies inédites en couleurs d'André Zucca, photographe qui travaillait à l'époque pour Signal, un journal de propagande nazie.
"Je suis pour qu'on arrête cette exposition", affirme M. Girard, qui assure l'avoir découverte entre les deux tours des municipales, alors que, dit-il, il n'était pas encore en charge du patrimoine à la mairie.
"Mais là, je peux vous dire qu'on va m'entendre", poursuit-il, affirmant qu'il avait quitté le vernissage "tellement l'exposition l'avait mis mal à l'aise" et qu'il avait "immédiatement compris la manipulation derrière de prétendues belles images".
L'exposition est présentée comme "une vision de la vie parisienne pendant l'Occupation et la Libération".
Certaines photos montrent des beautés parisiennes et des Parisiens déambulant paisiblement sur les Champs-Elysées ou aux courses à Longchamp.
Très peu ou pas de place est accordée à la réalité de l'Occupation et de ses aspects dramatiques, comme les rafles de juifs ou les files d'attente devant les magasins d'alimentation.
Christophe Girard affirme avoir dit à Jean Dhérens, directeur de la BHVP, qu'il y avait manipulation, mais que ce dernier "ne l'a pas entendu ce jour-là".
Selon l'adjoint de Bertrand Delanoë, on voit à l'exposition un couple d'amoureux au jardin du Luxembourg avec le journal Signal posé sur une table à côté. "Or Signal était le journal de propagande nazie qui employait Zucca. Ca c'est de la manipulation totale. Et ça me fait vomir".
Jeudi soir, l'adjoint à la Culture avait annoncé que la mairie de Paris allait supprimer la campagne d'affichage annonçant cette exposition qui suscite une importante controverse.
...en aparté
Germaine Tillion, pionnière de l'ethnologie et résistante française, qui s'était élevée contre la torture en Algérie, est décédée samedi dans sa 101ème année, a annoncé à l'AFP Tzvetan Todorov, président de l'association Germaine Tillion.
Ethnologue en Algérie dans les années 30, Germaine Tillion avait été déportée à Ravensbrück en 1943. Elle était l'un des françaises les plus décorées, et partageait avec cinq autres femmes le privilège d'être grand'Croix de la Légion d'Honneur.
Elle était Croix de guerre 1939-1945, médaillée de la Résistance avec rosette et médaillée de la déportation pour faits de résistance.
En 1957, en pleine bataille d'Alger, elle avait réussi à obtenir pour quelques semaines l'arrêt des attentats contre des exécutions capitales de militants du FLN, après une rencontre secrète avec Yacef Saadi, chef militaire de la région d'Alger.
Elle s'était aussi élevée avec véhémence contre la torture avec l'historien Pierre Vidal-Naquet.
Une grève de 338 salariés sans-papiers déclenchée de façon coordonnée pour la première fois en France dans une vingtaine d'entreprises franciliennes de la restauration, du bâtiment ou du nettoyage, a obligé une partie du patronat à s'engager pour obtenir leur régularisation.
"On veut faire ouvrir les yeux sur une réalité", explique à l'AFP Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, à l'initiative du mouvement commencé 15 avril.
Il y aurait en France entre 200.000 et 400.000 étrangers en situation irrégulière. Son immense majorité travaille, notamment dans les petites entreprises de secteurs en pénurie de main d'oeuvre, comme la restauration, le bâtiment ou le nettoyage.
'Ils occupent une place importante dans l'économie française : les Français ne veulent pas faire les emplois qu'ils occupent, en tout cas pas à ce prix et comme les employeurs ne veulent pas augmenter les salaires, chacun y trouvent son compte.'
Devant cette mobilisation inédite, certaines organisations patronales ont révélé au grand jour leur dilemme, partagées entre la nécessité de trouver de la main-d'oeuvre et le risque de sanctions judiciaires pour emploi de clandestins.
Un décret de juillet 2007 fait obligation aux employeurs de s'assurer auprès des préfectures de l'authenticité des papiers des travailleurs étrangers.
S'il existe des employeurs qui embauchent en connaissance de cause des sans-papiers et "doivent être sanctionnés", "certains" ne le savent pas et "d'autres sont obligés d'en faire travailler sinon ils fermeraient leur entreprise faute de main-d'oeuvre", a déclaré à l'AFP Jean-François Veysset, vice-président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME).
Le Medef n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.
Deux syndicats du patronat de l'hôtellerie-restauration, le Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs), qui regroupe près de 20.000 entreprises, et l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie), 80.000 adhérents, se sont joints jeudi aux sans-papiers pour interpeller le gouvernement.
"Il n'y a pas d'autre solution que de régulariser les sans-papiers (embauchés avant juillet 2007) déclarés par les employeurs", a déclaré vendredi le président de l'Umih, André Daguin.
L'article 40 de la loi du 20 novembre 2007 et une circulaire du 7 janvier 2008 offrent la possibilité de régularisation sur demande de l'employeur, à condition que le salarié travaille dans un secteur "en tension" (qui subit des difficultés de recrutement) et soit sous contrat ferme d'un an minimum.
"Pour les métiers comme l'hôtellerie, le bâtiment, ou l'environnement de la santé, si les salariés sont là depuis longtemps, il faut au moins examiner leurs situations, en respectant nos textes législatifs", estime Jean-François Veysset.
Le patronat du bâtiment ne s'estime pas concerné par le problème et renvoie au gouvernement. La Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), qui réunit 356.000 entreprises, n'a pas souhaité réagir. La Fédération française du bâtiment (FFB), 56.000 adhérents soit "deux-tiers des salariés" de la profession, a estimé que "c'est aux pouvoirs publics de prendre position".
La Fédération des entreprises de propreté juge elle aussi qu'il s'agit d'un débat politique et que "chaque entreprise est libre de sa politique sociale".
Très sollicité, le gouvernement s'est pour l'instant contenté "d'un rappel des principes" de la loi de novembre 2007 qui permettent une "ouverture mesurée et sous conditions", a indiqué vendredi à l'AFP le ministère de l'Immigration.
Samedi, la grève des travailleurs sans-papiers continue
Plusieurs associations et syndicats ont apporté samedi leur soutien aux sans-papiers qui occupent depuis mardi plusieurs entreprises d'Ile-de-France pour obtenir leur régularisation. Au total, environ 540 personnes sont en grève illimitée sur une douzaine de sites, selon le collectif "Droits Devant!", alors que neuf employés du restaurant "La Jatte" à Neuilly-sur-Seine (Hauts de Seine) ont rejoint le mouvement dans la journée.
"Quasiment tous les corps de métiers sont représentés sur Paris, les trois départements de la petite couronne et l'Essonne. Il y a la restauration, la sécurité, le jardinage, le BTP...", expliquait-on samedi soir à "Droits Devant!".
Samedi midi, neuf travailleurs sans-papiers employés depuis plusieurs années (entre trois et 12 ans) au restaurant huppé "La Jatte" à Neuilly-sur-Seine ont à leur tour rejoint le mouvement, selon "Droits Devant!".
"Il est clair qu'on vient démontrer que les travailleurs et travailleuses sans-papiers sont absolument partout dans ce pays", a déclaré sur place Jean-Claude Amara, porte-parole du collectif. "Ce lieu est évidemment très fortement symbolique puisque nous savons aussi que ce lieu est fréquenté par beaucoup d'élus de la région, qu'il a été fréquenté par notre actuel président de la République Nicolas Sarkozy en tant que ministre de l'Intérieur, que beaucoup de persona grata fréquentent ce lieu", a-t-il expliqué sur France-Info.
Samedi, la FSU a adressé une lettre ouverte au ministre du Travail Xavier Bertrand signée par 71 contrôleurs et inspecteurs du travail "lui demandant d'ouvrir des négociations avec les partenaires sociaux pour la régularisation de tous les travailleurs sans papiers", a indiqué le syndicat dans un communiqué. Selon la FSU, "il appartient à Xavier Bertrand et Brice Hortefeux (ministre de l'Immigration, NDLR) de faire cesser ce scandale, cette hypocrisie, ce déni de droit envers des travailleurs qui sont présents dans des pans entiers de l'économie française".
Le collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable" (UCIJ) a apporté dans un communiqué "son soutien déterminé aux travailleurs en grève et aux syndicats qui les appuient", et a invité à se rendre dimanche sur les sites occupés pour des pique-nique de "solidarité" avec "ces salariés en lutte".
Dans "L'Humanité" de samedi, une trentaine de personnalités issues d'horizons divers -Olivier Besancenot (LCR), Bernard Thibault (CGT), Julien Dray (PS), Pierre Santini (comédien), Daniel Mermet (producteur radio)- ont par ailleurs apporté leur soutien au mouvement. AP