Des manifestations pro-chinoises se sont déroulées samedi à Paris, Londres, Berlin et Vienne, pour dénoncer la "désinformation" des médias occidentaux sur le Tibet et les appels au boycott des jeux Olympiques de Pékin.
A Paris, une des capitales occidentales comptant la plus forte communauté chinoise, a eu lieu le plus important rassemblement : 4.000 personnes, selon la police, dont de nombreux étudiants.
"Contre les injustices de la presse", "les médias dominants vous manipulent" ou encore "la liberté de la presse, ce n'est pas mentir", pouvait-on lire sur la majorité des pancartes au cours de cette manifestation encadrée par un important dispositif policier.
Nombre de manifestants avaient revêtu des tee-shirts avec les inscriptions "One China, One family" et "Faisons des JO un pont pas un mur". Ils distribuaient aux passants des plaquettes destinées à faire "connaître la vraie Chine".
"C'est le jour J pour la communauté chinoise partout dans le monde", a déclaré une Chinoise de 40 ans, assurant que les autorités de Pékin n'étaient pas à l'origine de ces manifestations. "Ce sont les étudiants qui ont lancé un appel sur Internet", a-t-elle déclaré.
Samedi, des manifestations anti-françaises étaient organisées dans cinq villes de Chine. Elles visaient notamment l'enseigne d'hypermarchés Carrefour, très présente en Chine, pour protester contre l'attitude de la France sur le Tibet. Le président du directoire de l'enseigne, Jose Luis Duran, a déclaré que la situation en Chine, où Carrefour compte 112 hypermarchés, était prise "très au sérieux". "La Chine a une importance stratégique évidente pour Carrefour", a-t-il souligné dans une interview à paraître au Journal du Dimanche.
Les incidents pendant le parcours de la flamme olympique à Paris, le 7 avril, et les menaces de bouder la cérémonie d'ouverture des JO ont provoqué un sérieux coup de froid entre Paris et Pékin.
En Grande-Bretagne, les militants pro-chinois étaient plus d'un millier à manifester. Le rassemblement le plus important s'est déroulé à Manchester (nord) devant les bureaux de la BBC et à l'appel d'une organisation baptisée "Protestez contre la désinformation".
"La BBC est l'organisme national, donc c'est lui que nous visons, mais nous prenons également pour cible l'ensemble des médias occidentaux en général", a expliqué Tian Yang, l'un des organisateurs.
Environ 300 manifestants se sont aussi rassemblés devant le Parlement, à Londres.
A Berlin, 200 à 300 militants pro-chinois ont convergé sur la place touristique de Potsdam, selon un journaliste de l'AFP.
Dimanche, c'est une manifestation pro-tibétaine qui était attendue devant la porte de Brandebourg, dans le coeur historique de la capitale allemande.
A Vienne quelque 500 manifestants, pour la plupart chinois se sont regroupés samedi devant le parlement pour critiquer la façon dont les médias, notamment CNN et la BBC ainsi que les chaînes allemandes ZDF, ARD et N-TV, ont rendu compte de la situation au Tibet.
Pendant le passage de la torche en Thaïlande samedi, troisième étape du parcours asiatique de la flamme olympique après Islamabad et New Delhi, quelque 300 manifestants pro-chinois, tenus à distance par les forces de sécurité, ont agité des drapeaux olympiques en criant notamment "Allez la Chine".
Une centaine de manifestants pro-tibétains ont eux scandé "Libérez le Tibet" ou "Arrêtez de tuer au Tibet".
Les émeutes de Lhassa le 14 mars ont fait 18 morts parmi les civils et deux parmi la police, selon le gouvernement chinois. Les Tibétains en exil affirment que la répression chinoise a fait au moins 135 morts parmi les Tibétains.
PARIS-AFP
La tragédie tibétaine nous atteint tous en plein cœur. Cinquante ans après l’annexion du Tibet à l’Empire du Milieu, le gouvernement chinois semble plus que jamais désireux d’effacer la culture tibétaine de la surface de la terre, par l’oppression militaire, mais plus encore par la colonisation démographique du Toit du Monde. On sait que cela est possible : nous autres, Européens, n’avons-nous pas éliminé les Précolombiens d’Amérique du Nord de cette façon ? Aujourd’hui pourtant, on pourrait oser imaginer que le grand peuple chinois, même dirigé par une dictature, comprenne qu’il aurait intérêt à préserver la diversité culturelle au sein de son formidable empire...
Évoquant ces thèmes, voici quelques fragments d’une interview accordée à Lisbonne, le 17 mars 2008, par Lama Denys Rimpoché, fondateur et directeur de l’Institut Karma Ling, en Savoie, et supérieur du Sangha Rimay (une communauté bouddhiste intégrée à la culture française, devenue officiellement congrégation en 1994). Lama Denys Rimpoché, homme très actif dans le dialogue inter-religieux, est à l’initiative de nombreuses rencontres inter-traditions, dont celle, fameuse, où, aux côtés du Dalaï Lama et de représentants de toutes les grandes religions, il invita des chamans du monde entier, en 1997. Cet esprit éclairé offre ce qu’il y a de plus ouvert et profond dans la vision bouddhiste du monde. Ses paroles concernant la tragédie actuelle vont dans le sens de la sagesse.
Rimpoché, que pensez-vous de la situation actuelle au Tibet ?
Elle est très grave. Ce n’est pas vraiment nouveau mais il est bien de découvrir la réalité. Il est dommage que de jeunes tibétains, désespérés, n’aient d’autres possibilités que de se faire tirer dessus par la police chinoise pour essayer de se faire entendre. Récemment, il y a eu une centaine de morts dit-on avec des exécutions sommaires, sur le champ, de simples manifestants. C’est une affreuse répression, un régime de terreur, une barbarie.
Que demande le Dalaï Lama ?
En attendant des précisions, je pense qu’on peut dire qu’il souhaite le bien du peuple tibétain, des Chinois et de tous.
Devant les événements récents j’ai entendu dire qu’il avait demandé la création d’une commission d’enquête internationale, sous l’égide de l’ONU, pour examiner la situation au Tibet et éviter une répression sauvage. Il y a la question du génocide culturel, ce qui est bien le problème : l’asphyxie du Tibet et des tibétains dans une violente sinisation à outrance. Une nouvelle forme de colonialisme hyper dur et autoritaire.
Selon vous, faut-il boycotter les JO ?
Les JO sont une tribune, j’ai entendu Kundün le Dalaï Lama dire qu’il n’encourageait pas le boycott des Jeux Olympiques, pensant que c’était pour la Chine l’occasion de jouer le jeu qu’ils ont proposé : « One world, one dream » comme dit la maxime officielle des JO, et de vivre ce rêve, bien sûr, dans le respect des droits de l’Homme, de l’unité dans la diversité et du grand idéal humain dont Pierre de Coubertin posa la vision : les JO sont un grand projet humain dans l’expérience et le partage de nos valeurs humaines fondamentales.
So let’s have a dream ! “I had a dream” disait Martin Luther King... “Let this dream become true” ! Nous prions pour ce rêve.
En dernier recours il serait peut être plus efficace de manifester aux Jeux que de les boycotter. Des sportifs engagés pourraient sur place refuser de participer aux compétitions en faisant savoir pourquoi...
Comment agir non violemment face à l’injustice ?
C’est difficile. La violence à tendance à appeler la violence, c’est un cercle vicieux samsarique, et la violence extérieure révèle la violence intérieure qui sommeille en soi. Donc, déjà, il est important de contempler dans la présence ouverte et relaxée, respirant ! Le Mahatma Gandhi ou Kundün le Dalaï Lama nous ont donné d’excellents exemples de lutte non violente contre l’injustice. C’est ce que fait le Dalaï Lama depuis l’annexion du Tibet, il y a un demi-siècle.
L’injustice existe d’autant plus qu’elle n’est pas dite, contrairement à ce qui se passe normalement dans une démocratie. Nous pouvons tous agir à notre niveau : nous pouvons parler, porter l’insigne des résistants à la barbarie, porter les couleurs des Tibétains, ici, partout, et aux JO.
Il y a besoin de dialogue direct, j’espère que le gouvernement chinois va enfin accepter d’engager un dialogue direct avec le Dalaï Lama. Le dialogue est indispensable.
Comment la Chine pourrait-elle bien réagir face à cette situation de crise ?
Elle pourrait certainement bien agir, car elle a pour cela tous les atouts. Le plus grand spirituel marxiste est à ma connaissance le Dalaï Lama, qui s’est déclaré être mi-bouddhiste, mi marxiste. Le grand fond spirituel et humaniste ancien de la Chine est fait de bouddhisme, de taoïsme et de confucianisme, qui convergent complètement. Le Dharma renaît aujourd’hui dans la grande Chine, pour le bien de tous les Chinois et du monde entier. La Chine pourrait répondre aux demandes des Tibétains avec magnanimité, à la hauteur des vues de leurs grands ancêtres et de l’idéal dont ils se réclament aujourd’hui. Les requêtes des Tibétains sont raisonnables et justifiées. Les Chinois pourraient même encourager l’exception culturelle tibétaine, ils auraient beaucoup à y gagner : « Un pays, deux systèmes », suivant la formule qui fonctionne pour Hong-Kong, et qui a déjà été proposée. Si le parti communiste de la République Populaire de Chine allait dans cette direction, cela mériterait de lui décerner une super médaille d’or - et peut être bien aussi le Prix Nobel de la Paix. Ce serait vraiment une bonne réponse, c’est en tout cas celle que l’on pourrait souhaiter.
Propos recueillis par Nouvelles Clés
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